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d’Esterhazy vint tenant sous le bras une personne fort proprement
mise. II s’etoit masque de faijon & etre facilement reconnu. Chacun
etoit curieux de savoir, qui ctoit la belle qui l’accompagnoit.
On s’intrigua et l’on sut a la fin que c’etoit une prostituee qu’il
avoit tiree d’un mauvais lieu. La cour en fut vivement piquee
et on. delibera de la faire mettre dehors. II entretint cette digne
maitresse encore longtemps dans sa maison, malgre l’eclat que
cette aventure avoit fait. II en eut une autre peu apres qui ne
lui fit pas moins de tort. Un de ses domestiques, francois de
naissance, le trouvant un jour enferme avec sa femme, enfonca
la porte et voulut la tirer de force d’entre ses bras. Le comte
d’Esterliazy refusa de la lui rendre; le domestique ne le menagea
point, et ils eurent une dispute fort plaisante, mais qui ne tourna
pas ä l’honneur du maitre. Cet liomine s’etant mis sous la protection
du ministre de France, le comte fut oblige de lui donner
une somrae notable pour appaiser l’affaire. Etant ensuite devenu
amoureux d’une demoiselle polonaise de la famille de Tzschasky,
si je ne me trompe, il lui parla de mariage et en fut ecoute.
Tout le monde crut l’affaire conclue, lorsque le comte cbangea
d’avis pour epouser la fille adoptive du prince Lnbomirsky beaucoup
plus riebe. Ce changement fit grand bruit, et le peuple ä
Varsovie, excite peut-etre par les parents de la Tzscliaska, lui
jettoit de la boue, lorsqu’il passoit par les rues. Si d’un cote
la dote de 200 / m florins que sa femme lui apporta, avoit de quoi
le flatter, il fut mortifie de l’autre par l’obscurite de sa naissance,
son pere ayant ete denyer aupres du prince de Lubomirsky.
Il est vrai que celui-ci 1'avoit adoptee, mais cette adoption
n’avoit pas ete confirmee par l’Empereur. On reproche au
comte que p'our remedier ä ce defaut, il avoit tente de fabriquer
un diplome et de contrefaire la main du feu Empereur
Charles VI. Quoiqu’i! en soit de ce reproche, sa facon de penser
et son peu de delicatesse sur le chapitre de la probite y ont
donne beaucoup de vraisemblance. Un jour souhaitant fortement
d’avoir une certaine piece secrete d’un ministre etranger a Dresde,
celui-ci la lui accorda a condition qu’il ne la communiqueroit pas
a la cour de Saxe. Le comte y engagea non seulement sa parole,
mais la confirma par des serments terribles. Peu d’heures
apres le ministre fut informe qu’il l’avoit communique au mi-