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en meme temps son jugement, eile l’empeclie d’en choisir les meilleurs,
distinguer le vrai de l’apparent et d’envisager un objet dans
chaque point de vue dont il est susceptible. II est bon pour ouvrir
unavis, mais il est besoin d’un autre pour le digerer. II a engage la
cour ä plus d’une fausse demarche. C’est lui qui eu dernier lieu a
conseille l’invasion dans la Provence. Il se persuade reellement
d’entendre le metier de la guerre et de l’avoir appris par les entretiens
qu’il a eu avec le prince Eugene. Il dit souvent tres-serieusement
ä ses amis, qu’il en sait plus que tous les geueraux que
1’Imperatrice-R.eine a ä son Service. C’est du feu de son iraagination
que vient cette prolixite dans ses discours et dans ses ecrits
qui les rendent souvent obscurs. Jaloux de ses pensees plus qu’un
auteur ne sauroit l’etre, il aimeroit mieux gäter les affaires que de
supprimer une idee qui lui plait. Son esprit satirique lui en fournit
souvent qui ne servent qu’ä aigrir les affaires et attirer des
ennemis ä sa cour. Aussi l’Imperatrice l’a-t-elle reconnu ellememe,
et lui en a fait plus d’une fois des reproches. Il est
d’une ambition extreme, mais il sait quelquefois la reprimer,
lorsqu’il craint qu’elle ne fasse tort k sa fortune. Quand feu
l’Einpereur l’a voulu faire conseiller prive, il I’a constamment
decline, et par cette feinte inodestie, en amortissant la jalousie et
l’envie des autres ministres, il s’est facilite les moyens d’augmenter
reellement son credit.
Il s’enonce avec feu, et sa vanite lui fait croire, qu’il lit dans
les pensees des autres. Lorsqu’on a quelque affaire a lui proposer,
il vous interrompt il tout moment pour l’expliquer lui-meme. II
n’y a d’autre moyen de la lui faire connoitre que d’applaudir a sa
Penetration, et de lui exposer ensuite l’affaire sous pretexte de lui
faire remarquer seulement quelques circonstances qui lui etoient
echappees. Sa memoire prodigieuse lui laisse des idees nettes de
tout ce qui s’est passe depuis un grand nombre d’annees. Il n’est
pas avare de protestations de sa sincerite, mais on auroit tort de
s’y Her.
Il est ne a Strasbourg d'un professeur Protestant. II vint ici
dans la plus-grande pauvrete et il se mit d’abord precepteur aupres
des enl'ans d’un certain baron de Palm qui le recommanda au
comte de Stahremberg, ministre de Conference, oü il servil quelque
temps comme secretaire. C’est a lui qu il doit le foudement de sa
Sitzb. d. pbilos.- hUtor. CI. Jftbrg. 1850. II. Bd. HI. Uft. 28