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Le corate de Colloredo, vice-chancclier de I’ empire,
est assez grand et d’une taille degag^e, II a Je visage long, Ies
yeux d’un bleu ni clair ni foncd d’une grandeur mediocre, de
meme que le nez et Ia bouche. Les sourcils blonds. Le teint fort
uni. Sa phisionomie est revenante , son abord poli, et ses manieres
le sont aussi avec ses egaux, mais on le dit assez haut
envers ses inferieurs. Son äge est de quarante et quelques annees.
II n’a pas un esprit fort etendu, ni propre pour les affaires
auxquelles d’ailleurs il ne s’applique absolument pas. Ilaune
teinture fort superficielle de celles de 1’ empire, et il est oblige
d’avoir recours pour ce qui les regarde aux lumieres d’ autrui. H
m’a etd assure que son secretaire compose les harangues qu’il
est oblige de prononeer h l’occasion des hommages des princes de
1’ empire. Lorsqu’ avant la Conference on lui envoit les points au
sujet desquels eile doit se tenir, je sais que souvent, sans se donner
la peine de les lire, il ne fait qu’ ouvrir le paquet et le referme de
son cachet. II se conforme ensuite dans la Conference aux Sentiments
des autres.
Son caractere est doux, il airne les plaisirs et y donne presque
tont son temps. Il est fort galant, se pique d’ etre homme % bonne
fortune et a eu plusieurs intrigues qui ont fait de l’cclat. Il se
met toujours avec un soin infini et d’une propretö recherchee. Ses
galanteries l’ont deservi dans 1’ esprit de l 1 Imperatrice-Reine, mais
TEmpereur l’aime beaucoup. Ce monarque l’a voulu faire prince;
mais il 1’ a refuse.
Il a ete employe beaucoup dans les petites cours d’ Allemagne.
Par le credit de son beau-pere,le comte de Stahremberg, et a la recommandation
de 1’ electeur de Mayence il obtint la survivance de
la charge de vice-clutncelier de 1’empire et l’exer^a apres la
mort du comte de Metscli. L’Empereur Charles VI etant decede,
il vendit cette Charge au comte de Königsfeld pour 50/ m florins
qui la lui ceda au meme prix lorsque P Empereur d’aujourd’hui
parvint au tröne.
Elle lui rapporte pres de 100/ m florins. II a d’ailleurs de
fort grands biens, et il tire 80/ m florins d’une seule terre qu’il
possede en Boheme. Malgre ces grands revenus il s’ endette. II
fait la plus grande figure ici. Ses galanteries et le jeu lui coutent
beaucoup. II est avec cela fort mauvais econome, et sa femme aide
ä le deranger.