Son gerne paroit moins propre pour Ies grandes entreprises
qui demandent de la hardiesse, que pour conduire sagemeut les
affaires.
II n’aime pas Ies partis violens. Son caractere est doux et
eonciliant. II desapprouve interieurement la fa^on dont on conduit
ici les affaires, et surtout le siyle aigre et mordant dont on couche
la plupart des ecrits, qu’ il ne croit propre qu’ ä aliener tout Ie
monde des iuterets de la cour d’ici. II est ferme sans etre opiniatre
et se rend ä la raison, lorsqu’ il en est convaincu. II ne soutient
que ce qu’il croit fonde, et ne s’obstine pas ä defendre nn
sentiment qu’ il croit insoutenable. Il sent fort bien sa superiorite
sur les autres ministres, sans pourtant la leur faire sentir. Il a
beaucoup d’ ambition, mais il prend un soin extreme de la cacher.
Il ne s’empresse point du tout ä faire sa cour, et affecte nieme d’y
aller rarement lorsqu’ il n’y est pas appele. Il va 1’ ete toutes Ies
semaines pendant un ou deux jours ä la Campagne pour laquelle
il temoigne beaucoup d’inclination. En un mot il täche de donner
le moins d’ombrage qu’ il est possible, et il cherche secretement de
parvenir ä la direction des affaires en feignant de s’ en eloigner.
11 y a apparence qu’il y reussira, et que tot ou tard la necessile
obligera 1’Imperatrice, ä Ie mettre ä la tete des affaires. Cependant
jusqu’ici son credit ne paroit pas fortgrand. Trop honnete homme
pour ajuster ses conseils au goüt et aux passions de cette princesse,
ils en sont rarement ecoutes.
II aime beaucoup la societe et en fait les delices par son
humeur gaie et egale. Son esprit est des plus agreables. Quand
il est en compagnie, nul soin ne paroit 1’ embarasser.
Il doit sa fortune en grande partie ä son merite. Il a ete
d abord employe ä la cour de Turin, mais ä cause de sa mauvaise
sante il n’y a pu rester que peu de temps. Il fut envoye ensuite 4
Ratisbonne, oü il a sejourne pendant trois ans. Apres son retour
feu l’Empereur le nomma grand-maitre de la maison de la duchesse
Marie Elisabeth, gouvernante des Pays-bas, et cette princesse etant
morte, il en fut fait gouverneur. Ayant sollicite son rappe!, il y a
quelques annees, 1’Imperatrice lui confera la Charge qu’il occupe
actuellement, et dont il s’aequitte avec beaucoup d’approbation.
II a un bien mediocre, mais il est fort ränge et ne donne pas
dans Ie faste et les depenses snperflucs de ses compatriotes.