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avail confie le commandement de' I’ armee au inarechal Traun, les
affaires seroient peut-etre autrement. On Iui reprochoit sa
presomption et son peu de vigilance. On l’accusoit de passer une
Lonne partie de la journce ä table et la soiree dans toutes sortes
de debauches qui le rendoient incapable de donner le lendemain
les soins necessaires au commandement; qu’ il placoit mal sa confiance
et que dans le choix de ses favoris le merite et la capacite
dans le metier de la guerre entroient peu en ligne de compte, et
qu’il suffisoit qu’ils fussent jolis gar^ons (terme favori du prince)
c’est ä dire joueurs, sottisiers, buveurs, debauches, bouffons et
quelquefois maquereaux.
Quoique la mauvaise humeur et la haine du public contre la
maison de Lorraine, et dans cette conjoncture particuli^rement
contre le prince Charles, ait trop charge ce portrait, les principaux
traits en sont assez justes, et des gens en etat d’en juger m’ont
assure qu’il n’a ni le genie ni l’application necessaire pour devenir
jamais grand capitaine.
Un jour le general Spada se trouvant ät la table de l’Impdratrice-Reine,
le prince Charles present, il lui dchappa de dire par
distraction en parlant de la bataille de Sorr, qu’ il parieroit sa tete
que si les troupes de sa Majeste avoient ete commandees par le roi
de Prusse, eiles auroient battu les prussiens. Le prince s’ emporta
extremement et ne pouvant se remettre, il se leva peu apres de table.
On m’a dit, que le conseil de guerre ayant fait des representations
ä 1’ Imperatrice-Reine sur la conduite du prince Charles, et
1’ ayant sollicite de lui öter le commandement, ou de limiter du
moins son pouvoir et de lui defendre de risquer la bataille sans
un ordre expres, s’est attire par lä la disgrace de cette princesse,
et il est certain, qu’ il est fort dechu de son ancienne autoritd.
Cependant l’Imperatrice n’ignore pas le peu de capacite de ce
prince, mais outre qu’eile a beaucoup d’amitie pour lui, comme
eile 1’ a pris une fois sous sa protection, eile n’ en veut pas avoir
le dementi.
Il jouit de beaucoup de distinction ä la cour. Il mange en
public avec 1’ Empereur et I’Imperatrice et les dames le servent
ainsi que leurs Majestes imperiales.
Il n’est pas airae du public qui ne l’dpargne pas. Lorsqu'au
retour de 1’Empereur et de 1’ Imperatrice de Francfort on avoit