tel, auquel il seroit expose lereste du temps et que tout ce qu'il
pouvoit faire, etoit de venir passer quelques mois par an ici. II a
ete fort attache aussi au colonel de Rosieres dont j’ai dejä parle
a V. M., et a fait tout au monde pour le retenir. Je sais qu’un jour
il lui dit entre autres, qu’ il connoissoit tous les sujets de chagrin
qu’il avoit, mais qu’il le prioit de les lui sacrifier, en faveur de la
tendre amitie qu’il avoit pour lui, et que l’Empereur lui tiendroit
compte du sacrifice qu’il feroit ä son ami.
Sa faveur est pourtant assez inutile pour la fortune de ceux
qu’il en honore , par le peu de credit qu’il a. Il l’a avouememc
plus d’ une fois. Aussi n’ est-ce que par iuclination ou par Lienseance,
qu’on lui fait lä cour. Son pouvoir se borne ä demander
quelquefois ä 1’Imperatrice des graces pour les particuliers ä qui
il veut du bien. Encore faut-il qu’il tache de bien prendre son
temps. S’il assiste aux Conferences, c’est pour la forme et quoiqu’ily
propose quelquefois de bons avis, on y fait fort rarement
attention.
Malgre son peu d’ ambition il ne laisse pas d’etre sensible a la
Situation pas brillante dans laquelle il se trouve, mais son indolence,
son aversion pour les alfaires et le desir de vivre sans embarras
ne lui feront jamais rien entreprendre pour la ehanger.
Il est econome sans qu’on puisse le taxer pourtant d’avarice.
Il aime 1’ordre dans ses affaires. II paie bien ceux, qui le servent
et leurs appointements sont plus forts quesous l’Empereur Charles
VI., mais ils n’ont plus les niemes revenants bons, ni les moyens
de s’ enrichir aux depends de Ieur maitre.
L’attention qu’il a donnee ä ses finances et la riche succession
qu’il a recueillie de sa tante la princesse palatine, lui ont fourni les
moyens d’amasser un tresor assez considerable. Outrc qu’il a
de grandes sommes dans les banques de Venise, d’ Amsterdam et de
Genes, il en a avancees ä 1’ Imperatrice-Reine contre de bonnes
hypotheques, qu’ eile a ete obligee de lui donner sur les revenues
du royaume de Roheme.
Il ne se soucie pas de la magnificence et surtout de celle en
liabits. Souvent meine les jours de galla il se met trop negligement
et il est quelquefois de toute sa cour le moins magnifique.
Il aime tous les plaisirs sans avoir de la passion pour aucun;
ceux de la chasse et des spectarles paroissent l’amuser le plus. II