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Iler mdme en public avec ceux qu’il connoit, on en abuse souvent
en lui manquant d’egards. II bait les etiquettes et tache de les
abolir autant qu’il depend de lui. II ne souffre point que les dames
lui baisent les mains. II n’aime point k mettre 1’habillement espagnol
et le quitte le plutöt qu’il peut.
II a l’imagination vive, la memoire bonne et beaucoup de bon
sens. Mais naturellement indolent, il ne sauroit s’appliquer k
rien. II hait le travail. Peu ambitieux il se mele le moins qu’il
peut des affaires. Il ne cherche qu’ä jouir de la vie, a Ia passer
agreablement et abandonne volontiers ä I’Imperatrice la gloire et
le soins du gouvernement. Cette princesse et ses ministres le dirigent
meme dans les affaires de l’Empire, dont il a peu de connoissance.
Il est fort vraisemblable que si l’on avoit pris plus de
soin de son education, qu’on eüt songe de bonne heure k corriger
son indolence et k appliquer son esprit au solide, ce prince auroit
ete tres propre k gouverner et k manier les affaires. Il entend
parfaitement bien celles des finances, qui sont les seules auxquelles
il ait donne quelque application. Il les a fort bien arrangees
dans ses etats. Il a meme presente des projets ä l’Imperatrice
pour le redressement des siennes et lui a fait connoitre combien
eiles etoient mal dirigees.
Son Imagination lui fournit d’ assez jolies saillies. Il conte
volontiers et s’en aequitte avec grace. Il aime ä plaisanter et meme
ä turlupiner quand il en trouve l’occasion, mais il commence a
revenir de ce penchant par reflexion.
Son caractere est extremement doux et je n’ai point entendu
qu’il se soit jamais empörte. Dans les petites querelles qui surviennent
entre lui et 1’ Imperatrice, c’ est ordinairement lui qui cede
et qui revient le premier. Il hait les tracasseries et voudroit que
tout le monde vecüt bien ensemble. II est capable de sentiments
d’amitie et d’attachement. Je sais qu’il a offert ä un irlandois
nomme Ogara, liomme d’esprit qu’il aime beaucoup, une pension
de ~°/ m florins, uniquement pour 1’ engager ä rester aupres
de lui, mais celui-ci, quoique attache d’inclination äl’Empereur,
lui a repondu, qu’il ne lui etoit pas possible de lui sacrifier le bonlieur
de ses jours en les passant dans un pays tel que celui-ci, que
le plaisir qu’ il auroit peut-etre de le voir pendant quelques monients
de la journee, ne le recompenseroit jamais de I’ ennui mor-