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Les generaux et Ies ministres ont trop d’ interet de s’ opposer k ce
changement, pour n’y pas apporter des obstacles et des difficultes
insurmontables. II n’y a que les officiers qui n’ont point d’appui,
qui y proliteroient, en reeevant plus regulierement leur paye. Mais
ceux qui ont du credit en cour soit par eux-memes. soit par leurs
parenls trouvent beaucoup mieux leur compte dans le desordre qui
y regne aujourd’hui. Pour obvier meme de loin ä cette reforme les
ministres et les generaux font naitre mille difficultes pour les moindres
changements que l’lmperatrice-Reine veut introduire. Je sais
qu’un jour ayant passe en revue un regiment, eile temoigne en
etre satisfaite, mais qu’elle trouvoit que les habits etoient trop
longs et devoient incoinmoder le Soldat, lorsqu’ il etoit oblige de
raarcher, soit dans les grandes clialeurs, soit par les pluies; et
qu’il falloit les reformer sur le modele des prussiens. On lui represeuta
que ces longs habits etoient necessaires pour couvrir le Soldat
la nuit, que les troupes de V. M. n’en avoient pas besoin puisque
chaque chambree avoit une couverte. Elle ordonna qu’on en donna
aussi aux siennes. On lui presenta le lendemain 1’ etat de ce que
cela contenoit. On avoit si fort exagere la depense, soit des couvertes
meines, soit des chevaux de bat pour les porter, et des
gens pour pancer ceux-ci, que le montant alloit a une somme excessive
et qu’on n’eut point de peine ä y faire renoncer l’Imperatrice.
Elle cherclie ä distinguer le militaire qui est en plus grande
consideration qu’il 11'etoit sous feu l'Empereur. Elle a dit plusieurs
fois que ce n etoit que par le metier des armes qu’on pourroit
faire fortune sous son regne. Elle fait manger ä sa table les officiers
qui sont de garde chez eile, sans avoir egard k leur naissance
ce qui dep'.ait fort ä la grande noblesse, qui n’ est pas moins choquee
de ce que l’Imperatrice a aboli plusieurs anciennes etiquettes
qu’ eile hait en general beaucoup. Elle cherclie ä s' attacher les
soldats par des largesses, leur fait distribuer souvent de 1’ argent,
et passe rarement devant des corps de garde sans leur jetter quelques
ducats. Aussi est-elle fort aimee des troupes, dont d’ailleurs
eile s’ est acquis 1’ estime par le courage qu’ eile a affecte dans
les plus cruels revers. II est certain que dans un temps eile a etd
serieusement intentionnee d’aller commander elle-meme ses annees.
Elle cherche generalement ä s’ eloigner des faiblesses de son
sexe et ambitionne des vertus, qui lui sont les moins propres et