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peuple souffrit les impots sans murmurer. Les grands avancdrcnt
de l’argen t, souvent sans attendre qu’on leur en demandät. Les
Hongrois s’empresserent de combattre pour eile, l’officier servit
avec plaisir k demi paye. Ses Allies persuades, qu’ il ne dependoit
pas d’elle de ne leur plus etre k Charge, l’assisterent avec zele.
Chacun courut se sacrifier pour la meilleure des Princesses. On
l’idolätra. Tout le monde voulut avoir son portrait. Jamais eile
ne parut en public, que le peuple ne la recxit avec acclamation.
Un caractere emprunte est difficile ä soutenir. Peut-etre
seroit-il besoin de moins d’efforts pour se le rendre propre, qu’il
n’en faut pour l’affecter. La Reine ne put se contraindre longtemps.
Le malheur rend le plaisir d’ etre aime plus vif et en Fait
mieux sentir le besoin. Les adversites qu’elle essuya au commencement
de son regne la mirent dans ces dispositions. Les succes
de ses affaires apres la paix de Breslau les firent evanouir. Elle
rentra peu ä peu dans son naturel. Ses soins de cacher son ambition
sous le voile de ses malheurs se rallentirent. On commen^a
ä s’appercevoir que moins touchee des calamites de ses peuples
que de 1’ idee de s’ aggrandir, eile continuoit la guerre sans repugnance.
Les eloges que tout le monde lui avait prodigues et beaucoup
d’ amour propre naturel, lui donnerent la plus haute idee
de sa capacite et la rendirent imperieuse. Elle n’ecouta qu'avec
peine les avis, ne souffrit point de contradiction, chercha k se
faire craindre plus qu’ ä se faire aimer, ne monlra pas moins de
fierte que ses ancetres, traita avec hauteur tout le monde, se fit
voir vindicative et irreconciliable, ecouta avec impatience les plaintes
qu’ on lui portoit, chercha ä empieter sur les privileges des
Hongrois , pressa les protestants et ne remedia ä presqu’aucun
de leurs griefs, donna mauvaise idee de sa piete en temoignant
peu de respect pour la religion au point d’aller un jour a cheval
ä l’eglise, ce qui choqua fortement le clerge et lui attira des
censures publiques.
IJn si grand changement n’en produisit pas un moins considerable
dans les dispositions de ses sujets, qui commencerent
k murmurer des impots qu’ on leur faisoit payer, et ä temoigner
k tous egardsun grand mecontentement. On ne s’empressa plus de la
voir passer dans les rues, ni d’avoir son portrait. Presque tout le
monde crut avoir des sujets de plainte.